Quand l’industrie s’adapte au rythme de la nature
À Lenoncourt, l'activité industrielle suit le rythme des saisons
Sur notre concession saline de Lenoncourt, qui fournit le sel à notre site de Novacarb, nos équipes ont développé une approche simple en apparence, mais exigeante dans sa mise en œuvre : aligner le calendrier industriel sur les cycles biologiques de la faune. Travaux de défrichement, terrassements, gestion de la végétation, chaque opération est planifiée en tenant compte d'une réalité qui ne négocie pas : la nature a ses saisons et les perturbations ont plus ou moins d'impact selon le moment où elles surviennent.
Cette approche ne relève pas du seul volontarisme. Elle est inscrite dans nos autorisations d'exploiter (AP) et s'appuie sur les recommandations issues de l'étude d'impact de notre demande d'autorisation de travaux miniers. Mais au-delà du cadre réglementaire, c'est une conviction partagée par nos équipes terrain : on peut produire autrement, sans sacrifier la biodiversité qui nous entoure.
Un calendrier calé sur les sensibilités biologiques
Le principe de base est celui du respect d'un calendrier d'impact sur la faune, qui distingue clairement les périodes sensibles des fenêtres d'intervention acceptables. Deux grands impératifs structurent ce calendrier :
- Le printemps et l'été sont à éviter. De mars à août environ, la quasi-totalité des espèces présentes sur le site sont en phase de reproduction. Oiseaux nichant au sol ou dans les strates arbustives, amphibiens en transit, insectes dans leur phase larvaire... Toute intervention mécanique sur la végétation ou le sol représente alors un risque direct de mortalité — œufs écrasés, oisillons tombés des nids abattus, individus peu mobiles ne pouvant fuir devant les engins.
- L'hiver pose une contrainte spécifique pour les zones à chiroptères. Les arbres et vieux murs susceptibles d'abriter des chauves-souris ne doivent pas être perturbés pendant la période d'hivernage. Les chiroptères en léthargie hivernale sont extrêmement vulnérables à toute destruction de leur gîte.
C'est ainsi que septembre et octobre sont devenus notre fenêtre de référence pour les travaux les plus impactant. Cette période se situe après la fin de la reproduction estivale et avant le début de l'hivernage des chiroptères : une double contrainte qui laisse une marge étroite mais praticable.
Planifier sur le temps long pour réduire l’impact biologique
Les travaux de défrichement représentent l'une des opérations les plus impactantes pour la biodiversité : destruction d'habitats boisés, risque direct de mortalité pour les espèces qui y nichent ou s'y reproduisent. Sur le Panneau Est de Lenoncourt, cette réalité a été prise en compte dès la conception du projet de création et aménagement des pistes.
Humens s'est engagé à réaliser les travaux en dehors de la période de reproduction et avant le début de l'hivernage pour les chiroptères. Concrètement, cela signifie une planification sur plusieurs années, avec des interventions séquencées selon les contraintes écologiques et non selon la seule logique de production.
Ce phasage présente des intérêts écologiques directs : il permet à certaines espèces de mener leur cycle reproducteur à terme avant que leur habitat ne soit modifié, réduit la mortalité des stades les plus vulnérables (œufs, juvéniles) et laisse aux individus mobiles le temps de se déplacer. Il implique en revanche une planification industrielle plus longue et plus contrainte mais c'est précisément ce que nos équipes ont su intégrer.
Suppression de l'éclairage nocturne : une mesure discrète, un impact fort
La question de l'éclairage nocturne est l'une des mesures les plus significatives pour la faune locale. Sur la concession, tout éclairage nocturne permanent est proscrit. Cette règle, inscrite dans nos pratiques sous la mesure R1, répond à une réalité écologique précise.
Les chiroptères sont des chasseurs nocturnes. La pollution lumineuse artificielle perturbe leurs comportements de chasse, de transit et de communication. Certaines espèces, notamment les plus patrimoniales, évitent complètement les zones éclairées ce qui peut les couper de leurs gîtes ou de leurs terrains d'alimentation.
Mais les effets ne s'arrêtent pas aux chauves-souris. L'éclairage nocturne impacte aussi l'avifaune (désorientation, attraction fatale vers les sources lumineuses) et l'entomofaune, base de la chaîne alimentaire de nombreux prédateurs présents sur le site. Réduire la lumière artificielle la nuit, c'est préserver l'ensemble d'un écosystème fonctionnel.
Lorsqu'un éclairage est strictement nécessaire pour des raisons de sécurité, nos prescriptions privilégient :
- Des faisceaux dirigés vers le bas (zéro diffusion vers le ciel)
- Des détecteurs de présence ou de mouvement, pour limiter la durée d'exposition
- Des lampes à sodium basse pression, dont le spectre jaune est sensiblement moins attractif pour les insectes que les lampes à vapeur de mercure ou à iodure métallique et moins perturbatrices pour la faune nocturne en général.
Sur le terrain : contraintes réelles, bénéfices concrets
“Intégrer ces contraintes dans notre planning, ce n'est pas anodin. Cela veut dire que certains travaux qu'on aurait pu faire en juin, on les décale à septembre. Parfois ça bouscule les plannings, ça demande d'anticiper davantage. Mais on a aussi appris à y voir une logique. Quand on sait pourquoi on attend (parce qu'il y a des nids actifs, parce que les chauves-souris hivernent), ça change le rapport au site. On travaille dans un milieu vivant. Le calendrier biologique, c'est une réalité que les engins ne peuvent pas ignorer.”, explique Flore Parisot, Responsable exploitation saline et milieux naturels chez Novacarb, Groupe Humens.
Les bénéfices sont réels, même s'ils sont difficiles à quantifier précisément. Le maintien de populations fonctionnelles de chiroptères contribue à la régulation naturelle des insectes, un service écologique direct pour les zones agricoles et forestières environnantes. La préservation des oiseaux nicheurs participe à l'équilibre des écosystèmes locaux. Et la cohérence entre les engagements pris dans l'étude d'impact et les pratiques réelles renforce la crédibilité de nos demandes d'autorisation futures.
Il y a aussi une dimension moins mesurable, mais tout aussi réelle : le fait de travailler en cohérence avec les cycles naturels change le rapport des équipes au territoire. Le site n'est plus seulement une ressource à exploiter : c'est un milieu vivant, avec ses logiques propres, qu'on apprend à connaître et à respecter.
Zoom
🦇 Chiroptères : 16 espèces ont été identifiées sur la zone d'étude, soit près des trois quarts du cortège connu en Lorraine. Parmi elles, 11 espèces sont considérées comme patrimoniales, dont des espèces aussi sensibles que la Sérotine commune, le Murin de Daubenton, le Murin à moustaches ou la Noctule de Leisler. Le boisement du Panneau Est constitue un habitat favorable à leur reproduction et potentiellement à des gîtes d'hivernage. En France métropolitaine, les 33 espèces de chiroptères sont toutes protégées.
🐸 Amphibiens : La zone d'étude offre de nombreux habitats aquatiques favorables à la reproduction (étang, mares, fossés en eau, ornières des chemins forestiers), où plusieurs espèces ont été observées. Trois d'entre elles sont patrimoniales : le Triton crété, discret et peu commun en Lorraine, classé « Quasi menacé » sur les listes rouges nationale et régionale, ainsi que la Grenouille commune et la Grenouille de Lessona, elles aussi « Quasi menacées » au niveau national. Les travaux de piste sont planifiés hors période de reproduction et de transit.
🦅 Avifaune : Les espèces des milieux ouverts nichent au sol, elles sont particulièrement exposées aux interventions mécaniques pendant leur reproduction.
Lexique
L'avifaune désigne l'ensemble des espèces d'oiseaux présentes dans une région géographique donnée ou un écosystème particulier.
L'entomofaune désigne quant à elle l'ensemble des espèces d'insectes d'un milieu ou d'une zone géographique.
Noctule de Leisler
Grenouille commune
Gobe mouche à collier